Cécile Fachinetti est une jeune photographe du nord de l'Essonne, amoureuse de la nature tout autant que de la photo. Qu'elle les prenne au fond de son jardin ou à l'autre bout du monde, ses photos sont calmes et sereines comme elle. Cécile est déjà bourrée de talent, son travail reflète tout autant son éthique que sa technique.

 

Je vous incite vraiment à visiter régulièrement son site : passereaux de l'Essonne, oiseaux marins de la baie de Somme, Mammifères du Canada, des Etats-Unis ou d'ailleurs, vous y trouverez du dépaysement aussi bien de la proximité revisitée.

 

Et en plus, elle n'a même pas peur des piqûres ! Cécile a réalisé cette année un reportage de 2 jours sur notre exploitation. Les plus belles photos de ce site proviennent de son reportage. Vous pouvez le consulter en intégralité sur son site. Plutôt que de toutes les reprendre dans leur intégralité, j'ai choisi une sélection de photo qui sont le plus révélatrice de la manière dont je vis l'apiculture pour vous les commenter, à ma sauce...

 

Vous pouvez cliquer sur chacune des photos pour les voir en grand format.

Enruchage d'un essaim

Emblématique du mois de mai, si bien décrite par Maeterlinck, la folle espérance des abeilles conduit parfois la moitié de la ruche à partir à l'aventure, entraînant la reine avec elle. C'est l'époque des pionnières, le grand saut dans l'inconnu, l'euphorie contagieuse que l'apiculteur redoute tout autant qu'il l'espère. C'est le plus beau fruit à faire cueillir à un enfant : l'essaim généreux attend, accroché sur sa branche. Tombée dans un panier, la grappe nous fait découvrir l'aspect liquide des abeilles : l'essaim se verse délicatement, comme une pâte, celle dont sont pétris les beaux jours. Quelques gouttes d'or s'envolent de l'essaim qui remplit doucement la ruche préparée avec soin durant l'hiver.

L'enfumoir

La fumée n'anesthésie pas les abeilles. Elle masque leurs phéromones d'alerte, elle les guide et elle déclenche ce réflexe millénaires qui pousse les abeilles à se gorger de miel, ultime provision avant la fuite hors de la ruche en feu. Gorgée de miel, l'abeille ne pique plus. La plupart des visites aux ruches commencent par l'allumage rituel de l'enfumoir. La paille sèche fournit la première chaleur, les granulés de lavande compressée fournissent le combustible de fond, le bouchon d'herbe verte refroidit la fumée et empêche les granulés brûlants de tomber. Aux beaux mois, l'enfumoir est allumé tous les jours. Son odeur de foin brûlé s'incruste dans la combinaison de l'apiculteur, dans ses vêtements, ses cheveux, sa peau. "Tu sens l'abeille" dira l'enfant qui ne voulait pas s'endormir avant que son père ne vienne l'embrasser.

Au carré !

"Regarde, il est pondu au carré !" C'est l'exclamation satisfaite de l'apiculteur qui découvre le cadre rempli de couvain jusque dans ses angles. La reine est féconde. Aux beaux jours, elle pond près de 2.000 oeufs par jour. Dans un essaim vigoureux, elle va même jusqu'à pondre dans les cellules à peine ébauchées par les ouvrières dépassées. La cire neuve est blanche. Le couvain est crême. Les abeilles sont cuivrées. La reine, marquée d'un point blanc, lourde des générations futures, entourée de ses nourrices, cherche la moindre cellule vide pour y déposer délicatement l'oeuf qui donnera naissance 21 jours plus tard à une nouvelle ouvrière. C'est peut-être cette même ouvrière qui tuera sa génitrice quelques semaines plus tard, si d'aventure son ryhtme de ponte diminuait au point de menacer le perpétuel renouvellement de la colonie.

Remérage non orthodoxe

La plupart du temps, je suis les conseils des aînés. Parfois, la fatigue ou le temps pressant, je sors des sentiers battus. Cette méthode d'introduction des reines n'est pas très orthodoxe. Constitué le jour même avec deux cadres de beau couvain, un cadre de provision et deux cadres de cire neuve, l'essaim artificiel est déplacé de quelques kilomètres. Je pulvérise sur toutes les faces des cadres de l'eau parfumée à l'huile essentielle d'eucalyptus bio. Je libère la nouvelle reine de sa cage de plastique directement sur les cadres, elle aussi aspergée. L'odeur de l'eucalyptus s'effacera au profit de celle de la jeune reine, progressivement. Les abeilles découvriront leur nouvelle reine avec douceur. Elles n'ont qu'à peine le temps de se sentir orphelines. Cette méthode donne 90% de succès.

Hexagone

La lumière en contre-jour révèle la structure et la couleur parfaite des rayons de cire. La répétition des hexagones autorise le maximum de miel avec le minimum de cire. L'homme s'est inspiré de ce motif pour construire quelques uns de ses matériaux les plus résistants. Chaque génération d'abeille reproduit d'instinct cette construction idéale. La promesse de la récolte est là, mais il y a encore du chemin jusqu'à la récompense. Travail des abeilles, travail de l'apiculteur.

Bâton de pluie

A la miellerie, la famille se réunit. L'homme ramène les hausses lourdes de leur précieux butin. La femme désopercule, extrait. Les enfants curieux viennent aider. Lorsque le premier seau de miel est rempli, le petit rituel commence : l'extracteur est arrêté, un silence religieux demandé. Le miel, vidé dans le filtre, coule en centaines de petits filets d'or dans le maturateur. Lorsque les premières gouttes touchent le fond du maturateur en résonnant, elles font entendre le même bruit qu'un bâton de pluie, une douce averse d'or. On souffle un peu. L'extraction va reprendre, jusque tard dans la nuit.